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Les récentes déclarations du président français
Jacques Chirac sur l’Iran (voir encadré), et celles de l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, qui s’est dit favorable à la possession de la bombe atomique par Téhéran, ont semé
le trouble sur la politique française à l’égard du dossier nucléaire iranien. Officiellement, certes, la France est alignée sur la position des pays occidentaux, qui tentent par tous les moyens
d’empêcher l’Iran d’accéder à la bombe. Mais si l’on creuse un peu plus profondément, au-delà de cette ligne officielle, on s’aperçoit que la politique française est pour le moins ambiguë. La
France, qui a contribué à l’édification de l’industrie nucléaire iranienne à l’époque du Shah, n’a jamais totalement rompu ses relations avec l’Iran des ayatollahs, y compris dans le domaine
ultrasensible de la technologie de l’atome.
Les débuts de la coopération nucléaire franco-iranienne
Dès 1957, l’Iran du Shah a adhéré à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et a entamé une coopération dans le domaine de la recherche nucléaire avec les Etats-Unis. La coopération
franco-iranienne commence un an auparavant, en 1956. La France entreprend alors de former des physiciens iraniens, et des experts français du nucléaire s’installent à Téhéran, tandis que des
scientifiques iraniens sont accueillis en France. En octobre 1961, le Shah effectue un voyage officiel en France, et il visite les installations de Saclay. Deux ans plus tard, le général De
Gaulle se rend à Téhéran.
A la même époque, les Etats-Unis livrent à l’Iran du Shah son premier réacteur de recherche et des scientifiques américains viennent travailler en Iran. Mais c’est au début des années 1970 que la
coopération nucléaire passe à la vitesse supérieure, avec la création de trois grands programmes industriels dans le domaine nucléaire. Le premier est le complexe de Busher, au Sud de l’Iran,
édifié avec des firmes allemandes, notamment Kraftwerke et Siemens.
Le deuxième projet est conclu avec la France, dans le cadre du rapprochement franco-iranien décidé par la diplomatie gaullienne. La construction de deux sites nucléaires est prévue en
collaboration avec la société Framatome. Le troisième projet est celui du consortium Eurodif. Consortium européen d’enrichissement de l’uranium, Eurodif regroupe cinq pays : la France, l’Espagne,
l’Italie et la Belgique. Le cinquième associé est l’Iran, qui a notamment fourni les capitaux nécessaires à la construction de l’usine du Tricastin.
L’Iran et la France sont associés dans la Sofidif (Société franco-iranienne d’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), dont 60% du capital sont détenus par le Commissariat à l’énergie
atomique français, et 40% par l’Organisation iranienne de l’énergie atomique. La Sofidif détient 25% des parts du consortium Eurodif. L’Iran est ainsi entré, par la grande porte, dans le club
très fermé des pays ayant la capacité d’enrichir l’uranium… L’arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran ne va pas modifier radicalement cette situation. Comme l’explique le chercheur français
François Géré, la révolution iranienne de 1979 n’a pas mis fin au programme nucléaire iranien. L’ayatollah Khomeiny n’a jamais renoncé au rêve de voir l’Iran doté de l’arme atomique. Mais son
programme nucléaire a été retardé par les réticences occidentales, et en particulier par le contentieux Eurodif.
Le chantage aux attentats
Du point de vue du droit international, le changement de régime intervenu en Iran ne justifiait pas la résiliation des accords conclus entre l’Etat français et l’Etat iranien. Mais face aux
réticences occidentales – et notamment françaises - à poursuivre la coopération nucléaire, l’Iran décida de recourir à des arguments plus convaincants… Comme l’a révélé dans ses ouvrages
Dominique Lorentz ¹, le contentieux nucléaire franco-iranien a joué un rôle clé dans la vague de prises d’otages et d’attentats qui ont atteint des cibles françaises au début des années 1980, au
Liban et sur le sol français (attentats de la rue de Rennes et des Champs-Elysées, assassinat de Georges Besse …). Ancien président du consortium Eurodif, et personnage clé de l’industrie
nucléaire française, Georges Besse fut assassiné devant son domicile parisien le 17 novembre 1986. Son assassinat fut attribué au groupe Action Directe. Mais comme l’explique Dominique Lorentz,
le groupe terroriste d’extrême-gauche Action Directe était étroitement lié aux FARL, les Fractions armées révolutionnaires libanaises, organisation terroriste créée par Georges Ibrahim Abdallah
et agissant pour le compte de l’Iran.
Action Directe servait ainsi de paravent et de relais aux FARL, et les deux groupes terroristes agissaient de concert, sur les ordres de la République islamique iranienne. C’est dans ce contexte
que furent assassinés Georges Besse et René Audran, haut fonctionnaire du ministère de la Défense, abattu lui aussi devant son domicile. Les principaux terroristes d’Action Directe, Nathalie
Ménigon et Jean-Marc Rouillan, furent libérés par François Mitterrand en 1981, dans le cadre des tractations avec l’Iran (avant d’être à nouveau arrêtés en 1987).
Le chantage aux attentats s’est donc avéré payant, à court terme (retrait des forces françaises du Liban) mais aussi et surtout à plus long terme. En 1990, en effet, la France relança la
coopération avec l’Iran, dans les domaines économique et technologique. Un communiqué conjoint signé par le Ministre français de l’Industrie, Roger Fauroux, et par son homologue iranien,
soulignait « l’importance de la coopération scientifique et technique » entre les deux pays.
En décembre 1991, les deux pays parvinrent à un accord final de règlement de leur contentieux. Le chef de la diplomatie française à cette époque était Roland Dumas. On comprend dès lors les
déclarations récentes de ce dernier en faveur de la possession de la bombe par l’Iran. Loin d’être une exception, il exprime une position partagée par de nombreux autres membres de la classe
politique et de la diplomatie française, toutes tendances confondues, pour qui l’Iran des ayatollahs demeure, tout comme l’Iran du Shah, un « grand pays » avec lequel la France se doit de
conserver des relations étroites…
Le «rôle stabilisateur» de l’Iran
Ce rappel historique permet de comprendre l’attitude pour le moins ambiguë de la diplomatie française actuelle concernant le dossier iranien. Officiellement favorable à des sanctions économiques
contre Téhéran, pour empêcher l’Iran de poursuivre sa politique nucléaire, la France mène en effet en coulisses une politique de cavalier seul qui rappelle à certains égards son attitude lors de
la crise irakienne.
C’est ainsi que le Président Chirac, dans ses récents propos très remarqués sur l’Iran, s’est nettement démarqué des Etats-Unis et a fait part de sa compréhension à l’égard de l’Iran, qualifié de
« nation importante et qui compte ». La volonté iranienne de se doter de l’arme nucléaire, a expliqué M. Chirac, s’explique par la crainte du pouvoir iranien d’être contesté ou menacé par la
communauté internationale. Et la communauté internationale, c’est qui ? C’est les Etats-Unis » a conclu M. Chirac. Le souvenir cuisant de la vague d’attentats de 1986 et la volonté française de
jouer un rôle sur la scène internationale ne sont visiblement pas étrangers aux contradictions de la diplomatie française et aux déclarations de Jacques Chirac, qui semble ne pas être convaincu
de la réalité du danger nucléaire iranien. A moins qu’il ne considère, comme de nombreux fonctionnaires du Quai d’Orsay, qu’Israël est un « Etat provisoire »…
Avec l'arrivée au pouvoir, en France, de Nicolas SARKOZY à la tête des plus hautes fonctions de la République française, on est en droit d'attendre un revirement de politique, ou tout au
moins une fermeté accrue, en accord avec la promesse qu'il avait faite concernant ce dossier, affirmant notamment que
Le dossier iranien est à l'heure actuelle le dossier le plus important sur le plan international.
Depuis lors, l'Iran persiste et signe dans sa logique de confrontation avec Israël. Le Président iranien avait notamment affirmé que
Nous attaquerons Israël si Israël s'attaque à des responsables palestiniens.
Cette déclaration fait écho à la volonté du Premier ministre israélien Ehud OLMERT d'intensifier les raids de l'armée israélienne dans la Bande de Gaza, en n'excluant pas le fait que ZAHAL puisse
s'en prendre à des membres du gouvernement palestinien. On devine de la part de l'Iran une volonté de rapprochement d'avec les palestiniens, partant du fait que ces derniers bénéficient, aux yeux
du monde, d'une image populaire alors que l'Iran inspire la terreur.
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